Heurt Limite (récit incantatoire) - 1998

" Il eût fallu que l'incantation soit au programme des études de la vie ". Dan Vimard

Heurt limite recto

Photo couverture : dessin original de Dan Vimard 


Ce récit. Si lointain. 1998. La première pierre, brute. La toute première fois que je me suis heurté à cette salve de mots propres à moi-même, à leur limite. Ce récit incantatoire, initiatique où tout déborde et tient alors en une seule phrase, un leitmotiv, une rage effusion sans nom : " après tout, c'est de vie que je suis en manque ". Incantation ? Récit autobiographique ? Oui, et oui. Je ne suis même pas certain que l'on puisse véritablement parler d'écriture. C'est bel et bien ainsi que tout cela suinte, à ce point. Je n'écris pas, je cris. Je m'en tiens résolument aux fragments. Ici et là, les prémices et échos de ce qui me brûle, intérieurement. Je n'ai jamais pu réouvrir ce livre, reprendre la route éprouvante, éperduement éblouissante de ce récit. Je le feuillette, de temps à autre. Je m'en empare, je l'ouvre précautionneusement, me charge de bribes, bribes à travers lesquels à chaque fois je me retrouve. C'est peut-être bien là que se situe toute l'ampleur de la véracité de ce récit. Je ne me suis jamais perdu de vue. C'est l'écriture qui m'a offert cette évidente leçon. Une leçon qui, à mes yeux, n'a pas de prix. Je l'aime alors, bien plus que moi, ce récit-là, tant il se heurte sans résistance aux confins de mon existence. Ni plus ni moins, ce que j'ai été. 


 

KR'TNT (# 252). Octobre 2015. Damie Chad

Un livre poésie, dénué de toute anecdote. Respect infini devant la beauté de l'écriture et cette démarche qui ne triche pas avec le réel. Tauromachique, mais le toréador qui porte les estocades est aussi le taureau.

intégrale de la chronique 

La revue indépendante (n° 267). Didier Le Blé

Le corps est présent dans ce texte comme un espace à découvrir, à caresser, à glisser dans l'eau pour épuiser les tensions. Il y a quelque chose d'infiniment vivant, une volonté profonde de se sentir, d'être conscient de ce corps malgré le risque de découvrir l'absence, ce qui pourrait protéger. Les blessures entraînent l'errance. La nuit place l'autre réalité. Le sommeil ne gomme pas le jour suivant. Jean-François Jacq n'écrit-il pas : " à vrai dire c'est de vie que je suis en manque "... 


 

Extrait

Il y avait un horizon. Une ligne claire comme on n'en voit plus par ici. Une ligne rare sans le moindre nuage. Sans la moindre effraction. Sans le moindre soupçon d'anéantissement. Une pulsion tragique, visiblement incendiaire, étrangère à ce paysage las. Une aspiration rougeoyeante, anecdotique et pourtant. Une corrélation soutenue entre ciel et terre. Immuable de sobriété, imperturbable de rigueur. Longue, si longue. D'une longueur étourdissante. D'une tranquillité maladive. Il y avait quelque part en ce monde cet horizon foudroyé, curieusement épargné de tous.

Il y avait un homme. Un homme assis en contrebas. Un individu proscrit dans son errance, sa fragilité de. Un homme que plus rien ne pouvait atteindre dans sa fatigue de cette traversée du monde. Il était à bout, à bord propice de contemplation. Il y avait cet homme-là, à vie égrainée, horizontal à l'infini. Il y avait tout ce corps dont la moiteur féconde étreignait l'interdit : la liberté de vivre à sa propre cadence. Celle de se déplacer au rythme de ces pas.  A bout du monde, sans compter les jours. Sans s'imprégner à l'extrême de ce curieux mélange. De cet étrange et blême passe-temps maladif. Fini hier, usé aujourd'hui, anéanti demain. Seul. Juste seul avec le présent. Envahi par une sorte de pressentiment. Comme la craquelure d'une poitrine naissante. Comme une déchirure sous l'instant présent. Une plaie maligne et étincelante. Comme. Le corps constant, en repli sur soi-même. Il y avait cet homme-là muré contre le monde. Un monde humide de sobriété. Il y avait cette forme ensevelie parmi les pierres. Abasourdi par la soudaineté, la brièveté du geste. D'un seul geste à effectuer, à cristalliser sans plus attendre. A suspendre. A soutenir sans émoi dans le rebord infime d'une course envisageable. En visage et ensemencé. Et. Un seul cri. Un cri de bête poussé à vif, hors la déflagration. Hors la décrépitude. Hors le désordre, la folle consternation. Sous un soleil torride à piétiner les foules. Sous une vie ardente à mutiler les légendes. Il y avait de cet homme incrusté dans le temps.

Un homme. Une ligne. Entre ces deux axes toute une vie. Une brise parallèle, une trajectoire insensée.


 

Quatrième de couverture. Texte rédigé par Dan Vimard

Heurt limite verso

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