Filip Chrétien - Les traces (2015)

Filip chretien les traces

DATE DE PUBLICATION : 23 OCTOBRE 2015 


Là où tant d’autres se contentent de virevolter juste à la surface de la peau, Filip Chrétien fait partie de cette frange d’artistes dont le travail confine en un long cheminement intérieur où nous livrer, à coup de bribes, à la fois les tourments et les sentiments brûlants, incandescents, irrésistiblement à l’œuvre, en dedans. « Chanson française classe et légère », peut-on lire en présentation de l’artiste, sur le site des Inrocks. Et c’est finalement cette légèreté singulière à son précédent album, Dia a dia, publié en 2014, que Filip Chrétien vient de faire voler en éclats via ce nouvel opus, le troisième, ayant pour nom Les traces.

Un pas a donc été franchi, sans que pour autant Filip Chrétien ne fasse de concessions et ne nous facilite la tâche, Les traces étant avant tout une épreuve d’artiste, le tout, à l’instar d’un Jean Bart, sous couvert d’images à la langueur cinématographique. Du rouge, du blanc, du gris (dégueulasse).  ‘La couleur (des fleurs)’, conçue non pas comme un duo mais comme un dialogue, en est la meilleure preuve. « Je ne suis pas prédisposé à écrire des chansons », avoue Filip Chrétien, livrant à tous les vents des instantanés, foule de mots en provenance d’un carnet maculé de voyages, s’il en est. Un pas tenant en ce parfait équilibre dûment scellé à coup d’orchestrations où tout du long desquelles, Filip Chrétien pose le grain grave de sa voix plus qu’il ne chante.

Ainsi, la réussite de ce nouvel album éclaire d’un jour nouveau le travail de Filip Chrétien. Il faut Les traces pour se dire que le défaut majeur de Dia a dia, son précédent album, ce qui n’apparaissait pas au grand jour lors de sa parution, tenait dans le fait que la légèreté l’emportait sur la profondeur de son trouble chant.

Manset, Murat, Yves Simon, Daniel Darc, Jean Bart, Silvain Vanot. On pense dès lors à ces artistes, ou plus précisément à ces artisans de très haute volée à l’écoute de ces étourdissantes traces, de leurs trames. Mais ne nous méprenons pas, il ne s’agit pas, ici et là, de pâles copies, mais d’empreintes d’une infaillible force : en référence. Ainsi, ‘La couleur (des fleurs)’, fait rejaillir l’ombre puissante de Daniel Darc. ‘L’aventure’ porte en elle cette effervescence musicale si chère à Manset, tandis que Silvain Vanot suinte alentour, à l’écoute de ‘Mes sentiments’. On songe même, ironiquement, à Joe Dassin, au beau milieu de ‘Qui est ce garçon ?’.

Ce n’est pas un hasard si le sublime ‘Les traces’ ouvre cet album, se refermant par là-même sur un court instrumental du même nom. Des traces, bien plus que des chansons, c’est ce vers quoi nous porte Filip Chrétien, à la fin plus de mots. A la suite de quoi, on s’extasiera à l’écoute de ‘Mes sentiments’. C’est à l’ouest que je me rends/ Je vous laisse mes sentiments. Guitare, violons, à en chialer; de toute beauté. ‘Comme je l’attends’, au piano intimiste, nous incite à lâcher du lest, tandis que ‘La couleur (des fleurs)’ tient tout simplement du miracle. Tu calmais ma douleur/ Tu séchais les pleurs. Encore une fois, cette alliance guitare & violons élargit tout autant qu’il ouvre l’horizon de Filip Chrétien, faisant ainsi de ce titre l’une des plus grandes réussites de cet album. ‘Je vois rouge’, quand je ferme les paupières, Chrétien de nous avouer qu’il s’agit donc de la couleur de son bonheur, Chrétien n’en finissant pas de se dévoiler, de dégoupiller un à un ses sentiments, telle cette entaille, vibrante, à nu, de ‘Qui est ce garçon ?’, et dans sa prolongation ‘L’aventure’, grand, très grand titre empli de pudeur. Puis mélancoliquement, méthodiquement, il nous livre sa version du ‘Diabolo Menthe’ d’Yves Simon. Un choix qui nous renvoie inévitablement à la bobine du même film. La part prodigieusement cinématographique du travail du Filip Chrétien. Soit la meilleure façon d’imaginer le tout jeune adolescent qu’il a été, bringuebalé par la source émotion émanant de ces mots tout en pudeur s’il en est, d’Yves Simon. Mais la mélancolie s’arrête là. Il faut dès lors rouvrir les paupières, se poser enfin la question de cet autre jour, ce vent contraire de la veille. Si demain nous marchions à l’inverse de nos traces, au fond. Telle est la réponse formulée, via ‘Á l’inverse (de mes traces)’, signifiant ô combien il ne faut pas se laisser happer par ses propres sentiments.

Tout est lié, tout est rattaché à. Ainsi, ultime élan de pudeur, il n’y a pas de majuscules tout autant pour le titre que pour son nom, prénom gravés sur la pochette de ce nouvel album. Au précieux de ces traces, à pas de loup, à mots feutrés, Filip Chrétien vient par là-même de pénétrer à son tour dans la cour des grands. 

30 septembre 2015


1er extrait : " Mes sentiments " (Lou - P. Chretien)

 

 

 

Ajouter un commentaire