Fred Signac - La preuve du contraire (2014)

A l'arraché de Signac, Fred.

Fred signac la preuve du contraire 1

Fred Signac est une personnalité attachante, dont les chansons drainent à la fois toute la beauté et la noirceur de l’existence, selon un processus semblant remonter à la nuit des temps, dans le sens où il n’y a rien de désuet à travailler de la sorte, tel un ouvrier s’attelant depuis des années à un solide et précieux travail artistique, dont la sensibilité débordante, la sienne, peut se targuer de naître au fil de la longue amitié le liant à la petite équipe qui l’entoure. À commencer par Joël Rodde, ami d’enfance dont les mots sied à merveille à l’univers de Fred. Ces deux-là se connaissent sur le bout des doigts, ou dirons-nous plutôt le bout de la langue, Joël signant une partie des textes, Fred se concentrant sur les musiques livrées à l’aune de l’électrique guitare de Christophe Jouanno, sous couvert de piano irradiant, grande complicité également, celle le liant à Dominique Kovacs. Non, il n’y a rien de désuet. À l’instar de sa première chanson publiée en 1995, sous le nom Dimanche Désuet, justement. Six albums plus tard, il est clair que c’est dans la poétique de Fred qu’il faut chercher la teneur de cette désuétude, après tout ce que la vie nous réserve dès lors que l’on s’en tient à l’essentiel. Ecouter Fred, s’abreuver à l’intensité de son acte artistique, c’est exactement comme remonter du fond de la mine, s’agissant de retrouver la lumière en laquelle se noyer. La mine étant, dans le cas présent, cette imparable bout de crayon, ces mots qui hantent et nous laminent à l’aune de la fragilité de sa voix, en guise de seul lot de consolation; de consolidation. Ce brin de lumière s’immisçant tout du long de ces orchestrations, tel autant d’abîmes revêches à porter. Le petit monde de Fred tient en ce mi râle, mi racle, s’il en est. Pas un chanteur, dans le sens des roucoulades si chères à celles et ceux qui se sentent obligés d’en habiller leur monde. Mi conteur, mi élévateur au-dessus de la mêlée, en deçà de toute cette bêtise de ce monde. Tel est l’adage de Fred. Tout cela peut paraître éminemment rugueux. De quoi parlons-nous, en vérité ? D’un artiste écorché, à même de retrousser les manches, de mettre les mains à la pâte, s’attachant sans vergogne à dévoiler musicalement, coûte que coûte, la poétique pudeur infiniment grande de son univers. C’est ainsi qu’en 2014, Fred Publie La preuve du contraire, osant dès la pochette se dévoiler, magnifier la part féminine, humainement commune à toute homme, jusqu’à la moelle. Quant à son contenu, des plus somptueux, j’enrage à l’idée que tout cela reste actuellement confidentiel, ce bel univers de Fred, d’un seul bloc. Mais c’est peut-être bien cette grande fragilité, épurée, maitrisée, magnifiée, cette authenticité débordante qui, en ces temps où l’on s’en tient à ce qu’il y a de plus artificiel, dérange. Le fait qu’un artiste ouvre ainsi son cœur, l’écho de son chœur de façon telle. La preuve du contraire, ce vers quoi Fred tente de nous porter. Un peu plus d’attention à soi, à ce monde. « Aucune leçon apprise/ Malgré les siècles passées », à l’écorchure des guitares magnifiant " Allume la bougie ", chanson/ souffle d’ouverture. Comment ne pas se sentir ébloui, tenaillé, par " La preuve du contraire", ou bien encore par " La peur d’oublier ", comment ? " C’est la vérité nue/ La beauté contenue " vis-à-vis de laquelle, à moins d’être un monstre d’humanité, on ne peut qu’adhérer. Dans cet étincelant univers de Fred, tout est infiniment bon à prendre. De " Je n'irai pas demain " à " Un jour je partirai " clôturant cet humain ensemble, et s'il en est pour ce " sacrifice que demande nos ventres ", ne manquez surtout pas ce rendez-vous auquel Fred & sa petite équipe vous invite, au risque de passer à côté de la preuve que le contraire compte bien plus que tout.  


Octobre 2015. Le projet de Fred Signac, concernant cet album, est financé par le site Microcultures + lien vers le site de Fred Signac en cliquant ici


Fred Signac - " La preuve du contraire " (Printemps de Bourges, 2014)  


 

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