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1995...

Macadm 1995 rafraichi

1995. Je venais d'obtenir ma Licence en arts du spectacle (via Paris 8, seul fac où l'on peut rentrer sans le bac, n'ayant jamais au lycée). J'habitais le quartier de Montparnasse. Situation des plus précaires, mais il en a toujours été ainsi. Je vivais dans une chambre de bonne de 8m² (j'allais de chambre en chambre, le luxe, après 5m²). J'étudiais à la fac ou à Beaubourg, car dans mes 8m², j'hébergeais un jeune ami asiatique à la rue et dans un sale état (paix à son âme), ainsi qu'un couple aussi à la rue et dont la jeune compagne était enceinte. Quatre matelas posés à même le sol. Et pour le reste. Je faisais à la fois la manche, tout en vendant le Macadam (journal vendu par les sdf) aux abords de la gare. Je venais donc d'obtenir ma licence haut la main (17 de moyenne), puis dans la foulée de perdre ma chambre non déclarée. Un intermède de quelques semaines chez un acteur de renommé m'ayant ouvertement dragué à la gare, proche de Chereau (je n'en dirais pas plus à ce sujet), puis je me suis retrouvé pour quelques mois et pour la énième fois à la rue, mon territoire, où j'ai déjà passé quelques années. 
Photo extraite d'une interview (" Un espoir pour la vie ") parue dans Macadam en 1995. Article retrouvé par hasard, quelques années plus tard... 

Cette aire de résistance: se cultiver.

1992. Ce ne fût pas rien que de rentrer, me concernant, à 28 ans, à l'université. Saint-Denis Paris VIII (anciennement Vincennes), étant la seule université en France où il est possible de rentrer sans le bac. J'avais interrompu mes études en tout début de BEP. Pris dans la spirale de l'errance depuis mes 15 ans. La rue durant plusieurs années, etc. Etant enfant, faute d'attention, de moindre parole, de geste d'amour, j'ai toujours eu un rapport intime et particulier aux mots. Ma seule issue, à partir de 12 ans, étant de noircir du papier. Entamer un dialogue, au-delà du fait de ne me parler quasiment qu'à moi-même. Je suis sorti de Paris VIII en 1995, Licence en arts du spectacle en poche. 17 de moyenne, côté UV. De ma première année de DEUG, je me souviens avoir étudié jour et nuit. La peur de ne pas être à la hauteur. La toute première option pour m'en sortir étant de me cultiver; afin de m'en sortir et de ne pas sombrer dans la bêtise humaine. Il n'y a qu'en possédant un bagage culturel que l'on parvient à avoir un regard juste sur ce monde. Alors oui, de ce point de vue, si l'on se demande vraiment à quoi sert la culture, si elle a vraiment une nécessité. Elle en a une. Cette aire de résistance qu'elle nous procure. Une imparable raison d'être qu'il faut continuellement, incessamment revendiquer.  

Ma première raison d'écrire (...)

(...) ce serait mon amour incommensurable pour les mots. C'est en eux, en l'absence d'amour/ affection, étant enfant, que j'ai trouvé refuge. Ecrire, alors, en ce qui me concerne, est devenu, au fil du temps, une question de vie et de mort. J'aurai beau jeu d'énoncer que si je n'écris pas, je crève (la lecture étant l'autre pendant de mon état de résistance). Et pourtant, c'est un fait. Proéminence que je valide, à l'extrême : si je n'écris pas, je crève. Tel est mon ressenti, de plus en plus. Ce vers quoi, ce en quoi je me jette.

Ecrire. S'y atteler au prix d'un inexorable repli (...)

(...) me propulsant constamment, intensément en marge de ce monde, et pourtant dans le même temps en plein cœur. Du plus lointain que je m'en souvienne, l'enfant sauvage, le dépecé que j'ai été acquiesce. L'enfant de rien, sombre vertige, la peur aux lèvres, en permanence, le souffle exsangue, l'enfant perdu, si seul, si seul, un beau matin de ses onze ans, trouvant écho en les mots déversés via le haut-parleur d'un tout petit transistor plaqué à son oreille. " Prends des feuilles 21X27, un stylo (...) / Toute la folie du monde est dans ton cerveau / Raconte-toi ". 1975.

Yves simon raconte toi 1975


 

Dimanche dernier. Mon train dans...

... une vingtaine de minutes. Quelques dalles en béton fraîchement aménagées en vue de se poser, face à l'entrée de la gare d'Austerlitz située côté seine. Je prends place; me roule une cigarette. L'un vient m'en demander une. Je lui offre. Puis un second. Puis un troisième. Tous les paumés, pestiférés. A tour de rôle. Tous ceux qui rodent, SDF avec ou sans sacs, perclus aux abords de la gare. J'ai vingt minutes devant moi. Les dix suivantes consacrées à rouler une quinzaine de cigarettes. Quelques minutes encore, avant de rejoindre le quai. En fumer une à mon tour, à cet endroit, quasi leur univers, tout en restant soigneusement assis et en prenant juste le temps, le temps de respirer.