Journal de bord

Tout n'est que fragments...

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De Roland Barthes à Daniel Darc, via John Coltrane...

Tout n'est que fragments.

Tout ce qui compte...

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Tout ce qui compte, finalement, c'est ce que l'on a précisément dans le ventre. Ecrire consiste à ne s’octroyer aucune marge; aucun repli, aucun répit, aucun ressac, le moindre de nos mots s'évertuant à nous faire chavirer sans entrave, au plus près de soi. Et c'est ainsi que les mots s’enchaînent, libres comme l'air, s’époumonant à faire le plein avec ce grande vide en lequel on patauge incessamment le temps d'une vie, si peu de temps en somme et puis soudain, à travers mots, telle une entaille de toute beauté, tout prend alors un sens inné, s'acheminant ad vitam aeternam.
Crédit photo @ AKB. Lecture ' Tour de France ' (2014)

Cette aire de résistance: se cultiver.

1992. Ce ne fût pas rien que de rentrer, me concernant, à 28 ans, à l'université. Saint-Denis Paris VIII (anciennement Vincennes), étant la seule université en France où il est possible de rentrer sans le bac. J'avais interrompu mes études en tout début de BEP. Pris dans la spirale de l'errance depuis mes 15 ans. La rue durant plusieurs années, etc. Etant enfant, faute d'attention, de moindre parole, de geste d'amour, j'ai toujours eu un rapport intime et particulier aux mots. Ma seule issue, à partir de 12 ans, étant de noircir du papier. Entamer un dialogue, au-delà du fait de ne me parler quasiment qu'à moi-même. Je suis sorti de Paris VIII en 1995, Licence en arts du spectacle en poche. 17 de moyenne, côté UV. De ma première année de DEUG, je me souviens avoir étudié jour et nuit. La peur de ne pas être à la hauteur. La toute première option pour m'en sortir étant de me cultiver; afin de m'en sortir et de ne pas sombrer dans la bêtise humaine. Il n'y a qu'en possédant un bagage culturel que l'on parvient à avoir un regard juste sur ce monde. Alors oui, de ce point de vue, si l'on se demande vraiment à quoi sert la culture, si elle a vraiment une nécessité. Elle en a une. Cette aire de résistance qu'elle nous procure. Une imparable raison d'être qu'il faut continuellement, incessamment revendiquer.  

Le goût de vivre (...)

(...) est bel et bien perdu. Ma lutte désormais souterraine. Ecrire plus que jamais une nécessité. Une porte entrebâillée, à travers laquelle une ombre se glisse. La mienne. Oh, je voudrais tant que mes mots t'incitent à en franchir le seuil, que tu t'immisces là où je ne suis plus qu'une vague forme humaine littéralement dévastée, un corps malingre à bout de souffle, à la renverse, triturant l'encre, s'acharnant à tirailler les mots, s'échinant à les propager.

Ma première raison d'écrire (...)

(...) ce serait mon amour incommensurable pour les mots. C'est en eux, en l'absence d'amour/ affection, étant enfant, que j'ai trouvé refuge. Ecrire, alors, en ce qui me concerne, est devenu, au fil du temps, une question de vie et de mort. J'aurai beau jeu d'énoncer que si je n'écris pas, je crève (la lecture étant l'autre pendant de mon état de résistance). Et pourtant, c'est un fait. Proéminence que je valide, à l'extrême : si je n'écris pas, je crève. Tel est mon ressenti, de plus en plus. Ce vers quoi, ce en quoi je me jette.

Oh combien il me faut lutter...

... pour ne pas sombrer. Oh combien les mots me sont inexorablement d'un immense secours. Les mots, les miens, ceux que j'empoigne à pleines mains, ces mots que je m'entête de remonter du fond de mon gouffre. Les mots des autres, insatiablement écrivains nourrissant une haute idée de l'art, celui d'écrire se présentant comme un vaste brûlot éminemment régénérateur. Le trouble. Un entendement dont la folie est soigneusement réglée, sachant que " les hommes qui n'ont en eux aucune folie sont des hommes à l'entendement vide et stérile ". Dixit Roland Barthes. Infiniment longue a été la période durant laquelle je n'ai eu de cesse de chercher mes mots. Des années de rumination. Je me sens désormais totalement libéré de ce carcan. Les mots me viennent, tout n'est plus question que de rythme, d'agencement sans nul douleur, sans nul tourment. Ma folie est dorénavant mienne. Je crois bien que j'ai franchi là une étape. On se tient toujours en bordure du vide dès lors que l'on se trouve face à soi-même. J'y suis. J'en connais le prix. Rubis sur l'ongle je l'ai payé, afin de pouvoir désormais écrire sans plus compter, tout en m'évertuant à continuer de lutter.