jean-François Jacq

Ecrire. De quoi il en retourne...

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Je ne sais pas ce que cela veut dire, être écrivain. D'autant que je lui préfère la fonction d'auteur. Alors, quoi ? J'ai bien peur que la seule réponse se trouve en dehors du cadre, éminemment dans la marge, loin de la tiédeur à l'emporte-pièce, à bonne distance de la moindre terre conquise, s'agissant d'affirmer son style, à la fois sa fragilité et son intransigeance, au seul contact de l'envers du monde.
C'est précisément là où ça pue, là où ça transpire abondamment, que tout cela commence à devenir intéressant, en termes d'écriture.

Crédit photo : Kaléidoscope Bleu, 1998. Deux clichés reçus ce jour par la poste via un ami, et que je ne connaissais pas...

1995...

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1995. Je venais d'obtenir ma Licence en arts du spectacle (via Paris 8, seul fac où l'on peut rentrer sans le bac, n'ayant jamais au lycée). J'habitais le quartier de Montparnasse. Situation des plus précaires, mais il en a toujours été ainsi. Je vivais dans une chambre de bonne de 8m² (j'allais de chambre en chambre, le luxe, après 5m²). J'étudiais à la fac ou à Beaubourg, car dans mes 8m², j'hébergeais un jeune ami asiatique à la rue et dans un sale état (paix à son âme), ainsi qu'un couple aussi à la rue et dont la jeune compagne était enceinte. Quatre matelas posés à même le sol. Et pour le reste. Je faisais à la fois la manche, tout en vendant le Macadam (journal vendu par les sdf) aux abords de la gare. Je venais donc d'obtenir ma licence haut la main (17 de moyenne), puis dans la foulée de perdre ma chambre non déclarée. Un intermède de quelques semaines chez un acteur de renommé m'ayant ouvertement dragué à la gare, proche de Chereau (je n'en dirais pas plus à ce sujet), puis je me suis retrouvé pour quelques mois et pour la énième fois à la rue, mon territoire, où j'ai déjà passé quelques années. 
Photo extraite d'une interview (" Un espoir pour la vie ") parue dans Macadam en 1995. Article retrouvé par hasard, quelques années plus tard... 

Des attentats contre la certitude

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Mes voisins me considèrent de loin. Pour les uns, je suis un demeuré social; pour les autres, un misanthrope atrabilaire. La majorité évite de passer sur le trottoir. Craignent-ils que les livres soient des bombes à retardement ? Des attentats contre les certitudes. 
Pierre Drachline, in Borinka (2010).
A la mémoire de Pierre Drachline, auteur et directeur éditorial des édtions de Cherche-midi,qui s'est éteint le 4 décembre dernier. J'avais eu l'occasion de le rencontrer. Il avait pris soin de lire mon prochain récit - Fragments d'un amour suprême, à paraître en février 2016 - où quelques mots bienveillants de sa part y ont été insérés en exergue.

 

 

Jours de Nerfs

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Souvent, des titres de " livres à écrire " me traversent la tête en un éclair. Il en est un ce matin que je note, un que je trouve particulièrement saisissant, et que je m'empresse de mettre de côté : " Jours de Nerfs ". Il n'en résultera peut être rien, d'autant que je croule déjà sous des milliers de notes, mais dans le doute, résolument extrême, il me faut absolument prendre en compte ce genre de pensées néphrétiques ne tenant qu'à un fil des plus fragiles, surgissant de je ne sais où, sinon de lointaines nuées de ravages.

Crédit photo. Kaléidoscope Bleu. La nuit juste avant les forêts (Bernard-Marie Koltès)  

Fragments d'un amour suprême (éditions unicité. A Paraître en février 2016).

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Premier test maquette couverture de mon cinquième livre. Je tenais à vous le faire partager. Il s'agit donc de mon troisième récit (autobiographique) ... ou comment mettre en mots l'agonie d'un amour fou, enterré de mes propres mains. Heureusement, il y a les mots, non pas pour se venger de quoi que ce soit, mais afin de donner à lire (et entendre) ce qu'il y a de profondément humain dans notre destinée. Je suis extrêmement fier de tous mes livres, je l'avoue. Celui-ci, encore plus. Un bienfait. De par mes récits autobiographiques, de par évidemment mon parcours, j'ai tendance à considérer mon écriture comme étant une question de vie ou de mort. Et le mot bienfait prend alors tout son sens. Si je suis là, et encore de ce monde, c'est indubitablement grâce à l'écriture, et à moult auteurs m'ayant permis de maintenir la tête hors de l'eau; et ayant su me montrer le chemin...
Crédit photo. Kaléidoscope Bleu ('La disparition', de Dan Vimard).

Ecrire. S'y atteler au prix d'un inexorable repli (...)

(...) me propulsant constamment, intensément en marge de ce monde, et pourtant dans le même temps en plein cœur. Du plus lointain que je m'en souvienne, l'enfant sauvage, le dépecé que j'ai été acquiesce. L'enfant de rien, sombre vertige, la peur aux lèvres, en permanence, le souffle exsangue, l'enfant perdu, si seul, si seul, un beau matin de ses onze ans, trouvant écho en les mots déversés via le haut-parleur d'un tout petit transistor plaqué à son oreille. " Prends des feuilles 21X27, un stylo (...) / Toute la folie du monde est dans ton cerveau / Raconte-toi ". 1975.

Yves simon raconte toi 1975