écrire

Ecrire. De quoi il en retourne...

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Je ne sais pas ce que cela veut dire, être écrivain. D'autant que je lui préfère la fonction d'auteur. Alors, quoi ? J'ai bien peur que la seule réponse se trouve en dehors du cadre, éminemment dans la marge, loin de la tiédeur à l'emporte-pièce, à bonne distance de la moindre terre conquise, s'agissant d'affirmer son style, à la fois sa fragilité et son intransigeance, au seul contact de l'envers du monde.
C'est précisément là où ça pue, là où ça transpire abondamment, que tout cela commence à devenir intéressant, en termes d'écriture.

Crédit photo : Kaléidoscope Bleu, 1998. Deux clichés reçus ce jour par la poste via un ami, et que je ne connaissais pas...

Jim Harisson...

Jim harisson 2016

... s'est donc éteint ce 26 mars 2016. A propos de l'écriture : " Quand tu écris, tu dois te méfier de deux choses: les autres et toi-même. Il est important de ne pas se laisser entraîner par les autres et de ne pas trop penser à soi. Tu vois ce que je veux dire? Le 'moi' annihile ton talent. L'écriture, il faut y consacrer sa vie ou ne pas s'en mêler " (propos recueillis par François Busnel, pour l'Express, en octobre 2015).

Crédit photo @ Wyatt McSpadden (2016)

Tout ce qui compte...

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Tout ce qui compte, finalement, c'est ce que l'on a précisément dans le ventre. Ecrire consiste à ne s’octroyer aucune marge; aucun repli, aucun répit, aucun ressac, le moindre de nos mots s'évertuant à nous faire chavirer sans entrave, au plus près de soi. Et c'est ainsi que les mots s’enchaînent, libres comme l'air, s’époumonant à faire le plein avec ce grande vide en lequel on patauge incessamment le temps d'une vie, si peu de temps en somme et puis soudain, à travers mots, telle une entaille de toute beauté, tout prend alors un sens inné, s'acheminant ad vitam aeternam.
Crédit photo @ AKB. Lecture ' Tour de France ' (2014)

Des attentats contre la certitude

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Mes voisins me considèrent de loin. Pour les uns, je suis un demeuré social; pour les autres, un misanthrope atrabilaire. La majorité évite de passer sur le trottoir. Craignent-ils que les livres soient des bombes à retardement ? Des attentats contre les certitudes. 
Pierre Drachline, in Borinka (2010).
A la mémoire de Pierre Drachline, auteur et directeur éditorial des édtions de Cherche-midi,qui s'est éteint le 4 décembre dernier. J'avais eu l'occasion de le rencontrer. Il avait pris soin de lire mon prochain récit - Fragments d'un amour suprême, à paraître en février 2016 - où quelques mots bienveillants de sa part y ont été insérés en exergue.

 

 

Jours de Nerfs

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Souvent, des titres de " livres à écrire " me traversent la tête en un éclair. Il en est un ce matin que je note, un que je trouve particulièrement saisissant, et que je m'empresse de mettre de côté : " Jours de Nerfs ". Il n'en résultera peut être rien, d'autant que je croule déjà sous des milliers de notes, mais dans le doute, résolument extrême, il me faut absolument prendre en compte ce genre de pensées néphrétiques ne tenant qu'à un fil des plus fragiles, surgissant de je ne sais où, sinon de lointaines nuées de ravages.

Crédit photo. Kaléidoscope Bleu. La nuit juste avant les forêts (Bernard-Marie Koltès)  

L'écriture comme un couteau (que l'on enfonce)...

Ernaux l ecriture comme un couteau

C'est difficile, et contradictoire, de s'aventurer à dire : je suis écrivain. La méprise est profonde. Quelqu'un qui écrit est, avant tout, plongé dans l'acte d'écrire. C'est avant tout cela, et qui plus est uniquement cela que le prétendant se devrait de revendiquer et non un titre, illégitime, celui d'écrivain, prodiguant l'impression que cet acte en lui-même, déjà, s'interrompt; et fait indéniablement partie du passé. Là où écrire, comme le rappelle judicieusement Annie Ernaux se doit d'être " une sorte d'exploration totale ". L'écriture comme un couteau, donc. Cette lame en ce vide de la page blanche qu'il s'agit d'enfoncer profondément, présentement. Intensément. Au départ, une sensation nue, et puis seulement après, trouver les mots. Annie Ernaux de citer cette phrase du peintre Pavel Filonov, exergue à l'acte même d'écrire : " Quand on éprouve de la difficulté à faire quelque chose, il faut continuer, c'est en découvrant la solution qu'on fait vraiment quelque chose de nouveau ". Nulle doute que ce livre entretien réalisé à distance entre Frédéric-Yves Jeannet et Annie Ernaux, pose la question de la véritable raison d'écrire et de son aboutissant, son pendant, toute raison d'être des livres où " ce qui compte, c'est ce qu'ils font advenir en soi et hors de soi", Ernaux de marteler. C'est ni plus moins à un cours magistral qu'elle nous invite au delà-même du regard à poser sur son oeuvre, et tout du long duquel elle nous incite à nous interroger, et à commencer par cesser de prendre la pose en éructant : je suis écrivain. N'oublions pas qu'en bout de piste de cet énoncé désarmant d'inutilité, de cette pose infiniment vide de sens, écrivain, il y a le mot " vain ".         

Ecrire. S'y atteler au prix d'un inexorable repli (...)

(...) me propulsant constamment, intensément en marge de ce monde, et pourtant dans le même temps en plein cœur. Du plus lointain que je m'en souvienne, l'enfant sauvage, le dépecé que j'ai été acquiesce. L'enfant de rien, sombre vertige, la peur aux lèvres, en permanence, le souffle exsangue, l'enfant perdu, si seul, si seul, un beau matin de ses onze ans, trouvant écho en les mots déversés via le haut-parleur d'un tout petit transistor plaqué à son oreille. " Prends des feuilles 21X27, un stylo (...) / Toute la folie du monde est dans ton cerveau / Raconte-toi ". 1975.

Yves simon raconte toi 1975