Thierry, portrait d'un absent (François Christophe, 1993)

Thierry recto 1

Le genre de portrait dont on ne se remet pas. Un découpage des plus judicieux et des plus précieux pour en arriver à ce résultat final. Un documentaire révélateur du parcours de cet adolescent portant déjà en lui les stigmates d’une vie qu’il ne pourra jamais, contrairement à tout un chacun, mené à bout. 1990. François Christophe réalise alors un court-métrage intitulé Les zonards, en référence aux marginaux passants le plus clair de leur temps dans le métro. Parmi les personnages qu’il rencontre, à la station Montparnasse, il y a Thierry. Que je suis sûr, après-coup, d’avoir déjà croisé, lors de mes années passées à la rue. D’où cet étrange coup de foudre, en ce qui me concerne, pour ce garçon, pour son parcours, son choix de vie qui résonne imperturbablement en moi comme un vertige ; un sombre écho. En 1992, François Christophe décide de faire un film sur Thierry. Mais le garçon est décédé, à 34 ans, d’une overdose. Il remonte le fil du temps ; va à la rencontre de son frère et de sa mère, et commence à poser les bases de ce documentaire qu’il intitule Thierry, portrait d’un absent. Mais il ne va pas manquer d’être surpris en apprenant que Thierry avait déjà fait l’objet d’un documentaire en 1972. Il était alors âgé de quinze ans. Ce documentaire de Bertrand Boulier s’intitule La bande. Et il va servir de fil conducteur à François Christophe, tant le choc est immense. Tout à coup, l’histoire de Thierry prend tout son sens. L’histoire de ce jeune adolescent qui capte, en 1972, tous les instants à filmer. Qui crève irrémédiablement l’écran. Qui s’érige en vedette de ce documentaire signé Boulier. Thierry a le même âge que les autres camarades de sa bande, mais il déjà tant à dire. Ce n’est pas tant physiquement qu’il tient à crever à ce point l’écran, mais de par son discours. Tout se dessine avec une grande radicalité, exactement comme si le choix de la rue était déjà fait. Il vit en permanence dans le square se trouvant à proximité de son domicile. Qu’est-ce que tu veux faire plus tard, interroge Boulier. Il ne veut rien faire. Tout est déjà joué, inscrit en sa personne, et il le revendique haut et fort. C’est un gamin dont la caméra ne peut plus se défaire (alors que le tournage initial était consacré à la bande). Déchirant et émouvant au plus haut point. François Christophe, plus que surpris par cette découverte, va réaliser un montage exceptionnel, entrecoupé d’images provenant de son documentaire, d’extraits de celui de Boulier, ainsi que de témoignages de proches ayant connu, croisé, aimé Thierry. Le document est magnifique, lutte contre l’oubli, lutte afin de laisser une trace indélébile. C’est peu dire que je me sens proche, frère, de ce gamin, dont les mots, à son âge, étaient tout aussi radicaux que les siens. Thierry, Portrait d’un absent, est à visionner de toute urgence. Le DVD est disponible sur le site doc.net films éditions, pour la modique somme de 8 €. Ne passez pas à côté.  


Thierry portrait d'un absent François Christophe

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